L'homme est normand. Il s'est installé chez moi, à Paris-Pigalle, il y a… un bon bout de temps. Il a évoqué parfois l'idée d'aller vivre en province. En banlieue éloignée. Mais a fini par comprendre que pour cela il faudrait juste… qu'il change de poule ! car non, je ne pourrais pas me résoudre à m'éloigner de plus de 5 km de ma capitale tant aimée. J'aime de Paris ses quartiers colorés, ses quartiers populaires. Ceux que j'ai toujours choisis pour vivre. La Cité Dupetit Thouars à deux pas de la mairie du 3e, quartier populaire alors, proche de la Place de la République, du Carreau du Temple, du Marais. Mon école était dans le 15e. Ca faisait une trotte. Mais quel bonheur de rentrer chez moi… C'était mon époque Diable des Lombards que je fréquentais avec mon pote d'alors, on adorait passer des heures à fréquenter les taggeurs… Et ce chanteur qui avait fait le tube "je suis de bonne bonne bonne, bonne humeur ce matin". Avec son bicloune et ses lunettes, il était toujours dans le coin !
Après j'ai passé énormément de temps vers la gare de l'Est, rue de la Liberté. Des copains de mon grand-frère y partageaient un appart. On était sans arrêt chez eux. Aux beaux jours, on faisait des cache cache la nuit, dans les rues…
Encore après, pendant un an à peine, c'est avec deux copines que j'ai aménagé dans un grand grand appart rue Saint Charles, dans le 15e. On avait 3 grandes chambres, une immense cuisine, une verrière, une grande entrée, un séjour double. On y a fait quelques soirées mémorables. Je n'ai jamais aimé le quartier. On détonnait pas mal. On était les mauvaises filles de l'immeuble, du quartier qui grouillait de jeunes couples et de retraités. La vie en communauté ne me convenait pas non plus. Aussi j'étais aux anges quand, seule, j'ai emménagé dans un deux pièces rue de Chabrol, dans le 10e J'y ai vécu de très belles années ! Et c'est avec regret que je l'ai quitté, seule toujours, pour un ravissant deux pièces à Pigalle. La fenêtre de ma chambre donnait sur le passage Frochaut, certainement la rue de Paris où j'élirais domicile si je pouvais choisir l'adresse de mon choix !!
C'est là que l'homme m'a rejointe. Et nous sommes vite partis pour plus grand, dans le bas du 18e, à 3mn à pieds de Saint-Pierre !

Paris a beaucoup changé au fil des ans. Tous ces quartiers populaires chéris se sont embourgeoisés. Les Abbesses… méconnaissables ! Le Sancerre existait déjà il y a 20 ans. Mais tout autour ce n'était que marchands de bouche et bistrots. Restaurants. Pressing. Cordonnier. La rue Lepic avait quelque chose de provincial. Aujourd'hui, c'est un mini Saint-germain des Prés. C'est dommage. On se croirait rue de Buci dans le 6e…

Un quartier a assez peu bougé pourtant. Quartier où je n'aimerais pas vivre. Mais qui présente un attrait de taille : ses grands magasins ! De Pigalle, j'y allais à pieds. Et parfois je m'imagine passant le seuil des galeries Lafayette pour la toute première fois. Etre touriste. Entrer donc et regarder. Et alors on peut dire ce que l'on veut, que c'est cher, que c'est trop fréquenté mais tout de même, qu'est-ce que c'est beau ! Pas tant de l'extérieur non, mais entrez dans le bâtiment principal, avancez vers le milieu et levez les yeux…

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J'ai tendance à préférer le Printemps mais les Galeries sont de loin plus jolies. Quel temple coquet, délicat.
J'y ai fait un tour cette semaine, à la demande de l'homme qui voulait que je me choisisse un cadeau. On a déjeuné comme nous le faisions si souvent par le passé, dans cette brasserie qui jouxte les galeries. Là où plusieurs fois par an, au moment des soldes surtout, on buvait un thé avec ma mère, les sacs remplis après un shopping frénétique. Là où mon père nous attendait parfois avec mon petit frère… Là où presque rien n'a changé ! Si quand-même : j'ai demandé au serveur si notre table était bien en zone fumeur. "Bien sûr" m'a-t-il répondu en souriant…

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